Pourquoi les odeurs se propagent-elles entre les logements?

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La réponse ne se trouve peut-être pas où vous le pensez…

Odeur de cuisson, fumée de cigarette ou même gaz d’échappement de véhicules : quiconque a déjà construit des immeubles à logements ou en copropriété connaît pertinemment les désagréments que peut engendrer une problématique de diffusion d’odeur auprès des occupants. Souvent, après une courte investigation, vous vous rendez compte que ces odeurs proviennent d’un logement voisin ou du garage souterrain. Lisez cet article pour mieux comprendre le trajet emprunté par les odeurs à l’intérieur d’un bâtiment.

Tout d’abord, établissons que pour qu’une odeur puisse se propager entre les unités, il faut que deux facteurs soient réunis : des ouvertures permettant le passage de l’air d’une unité à l’autre et une pression forçant l’air et les odeurs à voyager par ces ouvertures.
Parlons d’abord des ouvertures dans les parois séparant les logements. Ces ouvertures peuvent se retrouver à peu près partout dans un logement: sous les éviers, dans les retombées de plafond, dans la buanderie, dans la salle mécanique, derrière les moulures des planchers et des portes, au pourtour des tuyaux de plomberie, etc. Mais est-ce normal qu’il existe de telles ouvertures au plafond et aux murs d’une unité qui permettent aux odeurs de voyager partout dans l’immeuble?

Sachez d’abord qu’il n’existe rien dans le code de construction du bâtiment pour régir la diffusion d’odeur. C’est toutefois dans la portion concernant la protection incendie que nous allons trouver la solution à ce problème. La construction du bâtiment doit se faire en respectant certaines normes visant à prévenir la présence d’ouvertures entre les unités. C’est cette absence d’ouverture entre les logements qui empêche la fumée et le feu de se propager d’une unité à l’autre en cas d’incendie. En théorie, l’étanchéité de chaque unité est assurée lors de la construction. Toutefois, des complications peuvent survenir et occasionner des ouvertures imprévues. Une finition mal jointée, le passage de câbles électriques, de tuyaux de plomberie, de chauffage ou de ventilation sont toutes des ouvertures qui, si elles ne sont pas bien calfeutrées, permettront le passage de l’air entre deux logements.

Alors, si le code ne mentionne rien concernant la diffusion d’odeur, il oblige néanmoins les entrepreneurs à s’assurer que les divisions entre les unités sont exemptes d’ouvertures pouvant permettre la propagation de l’incendie et, par le fait même, des odeurs.
Ceci étant dit, la présence d’ouvertures entre les logements n’est pas suffisante pour expliquer à elle seule le phénomène de diffusion d’odeur : il faut aussi une force pour pousser l’air, soit la pression atmosphérique. Si un logement a une pression supérieure à ceux d’à côté et qu’il existe des ouvertures entre les unités, il expulsera son air et ses odeurs vers ses voisins. Quelles causes peuvent affecter les pressions intérieures d’un bâtiment ? Il y a trois forces motrices identifiées derrière les déplacements d’air dans les immeubles à logements et copropriétés :

  • L’effet de vent : il provoque l’infiltration de l’air dans les appartements du côté de l’immeuble exposé au vent et le pousse à travers les couloirs communs vers les appartements situés de l’autre côté de l’immeuble. Ce phénomène peut être responsable d’une diffusion d’odeur horizontale.
  • L’effet de cheminée: aussi connu comme l’effet de tirage, il attire l’air froid de l’extérieur dans les étages inférieurs de l’immeuble, le fait monter d’un étage à l’autre au fur et à mesure qu’il se réchauffe, puis le fait ressortir dans les étages supérieurs. Dans ce cas, il est plutôt question de diffusion d’odeur verticale.
  • La ventilation : les systèmes de chauffage et de ventilation mécaniques font également circuler l’air entre l’intérieur et l’extérieur de chaque appartement. Qu’il s’agisse d’un système de ventilation central (ventilation des espaces communs) ou de systèmes indépendants dans les unités, les pressions de chaque logement peuvent varier selon l’utilisation qu’en font les propriétaires. Si un logement est plus dépressurisé que ses voisins, il va littéralement aspirer les odeurs des autres.

En résumé, la diffusion d’odeur entre les logements pourrait être grandement diminuée si l’enveloppe du bâtiment est bien étanche à l’air, l’étanchéité des séparations coupe-feu entre les suites est respectée et les systèmes de ventilation sont adéquatement équilibrés. Puisque ces travaux sont habituellement sous la responsabilité des sous-traitants, il pourrait s’avérer plus avantageux pour les constructeurs de mettre en place un protocole d’inspection durant la construction ou de faire appel aux services d’inspecteurs indépendants afin de vérifier la conformité et la qualité des travaux plutôt que d’intervenir suite à une plainte pour diffusion d’odeur.

Schéma ci-dessus tiré du Guide de réduction des fuites d’air dans les tours d’habitation existantes, SCHL.

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